Thème de l’année

Entendez-vous?

Un monde crie! Un monde marche! Un monde chante!

« Nous vous avons joué de la flûte,
et vous n’avez pas dansé;
nous avons chanté des complaintes,
et vous n’avez pas pleuré. »
(Luc 7,32)

Nous avons ouvert nos portes et nos fenêtres.
Nous avons osé prendre la rue pour y rejoindre les femmes et les hommes qui y marchent.
Nous avons cru en cet instant de communion retrouvée.
Nous avons souri à la vie.

Oui, nous en sommes convaincus. L’espoir est dans la rue. Il est là où la vie se joue pour tant de femmes, d’hommes et d’enfants en recherche d’une reconnaissance minimale de leurs droits et libertés, sources de leur fierté de filles et fils de Dieu. Tout au long de notre parcours, nous avons croisé des essoufflés de la vie, des abandonnés de nos systèmes, des exclus de l’abondance de notre terre. Oui, il y a encore trop de femmes et d’hommes qui n’ont pas accès à cette terre offerte par notre Dieu pour tous.

Nos fenêtres ouvertes, nos portes accueillantes ne nous ont pas empêchés de mieux voir notre monde. Au contraire! Nous sommes partis à la recherche de la brebis perdue et nous en avons trouvé des dizaines en conflit guerrier, en situation de malnutrition, en recherche d’une école, à la poursuite d’un emploi digne de ce nom… Notre pape François nous a alors dit : quittez vos sécurités! Osez aller sur les routes de la vie où tant de vos soeurs et frères peinent pour un peu de pain, un peu d’eau, l’accès à des ressources pour répondre aux besoins essentiels de tout humain.

Avec la Parole de Dieu, il y a longtemps que nous avons appris que notre Dieu se fait entendre dans un « fin silence » (1 Rois 19, 11-12). Arrêtons-nous quelques instants! Où notre Dieu nous fait-il signe aujourd’hui? Où se fait-il entendre? Est-il disparu de nos routes? Notre foi et notre espérance nous redisent jour après jour qu’il est là à soutenir notre marche d’éternité. Et alors?

Une éternité faite de la reconnaissance de toutes et tous!
Une éternité qui se crée chaque jour par nos gestes de justice et de paix!
Une éternité qui se transforme par nos attitudes de communion dans le respect!
Une éternité qui ouvre des avenues de créativité, d’imagination, de confiance en demain!

Oui, nous sommes appelés à vivre aux carrefours de la vie, en plein vent, avec l’insécurité de celui qui a quitté son port d’attache, mais aussi avec la confiance absolue que nous ne sommes pas seuls. Il y a toi, il y a elle, il y a nos communautés et nos équipes, il y a tout un peuple en marche…

Entendez-vous?

Un monde crie!
Un monde marche!
Un monde chante!

Notre monde nous interpelle: « Est-ce bientôt la fin du monde? »

Oui! La fin d’un monde! Nous l’espérons vivement.
La fin d’un monde basé sur la peur et l’angoisse.
La fin d’un monde qui détruit les ressources naturelles.
La fin d’un monde qui brise la dignité de trop de personnes.

Notre monde nous questionne : « Croyons-nous que l’abondance est sans limite? »

Et pourtant, notre terre est limitée. Elle peine à nourrir et faire vivre tous ses habitants.
Mais nous croyons à l’abondance de la communion et du partage.
À l’abondance de la tendresse de Dieu manifestée dans le respect et le présence.
À l’abondance de la joie dans la fête, la solidarité, l’ouverture à la vie.

Notre monde nous invite : « Crois-tu au plus grand que toi, à l’infini? »

Un infini plein de la création libérée!
Un infini où nous sommes appelés à quitter nos sécurités!
Un infini qui commence dans l’accueil de celle et celui qui est là, juste à côté de nous!
Un infini de reconnaissance de l’autre!

Notre monde nous redit : « Mais alors si seul et en réseau! »

Oui, notre réseau s’étend aux confins de la planète.
Branchés, nous le sommes! Mais…
L’Évangile nous redit que l’amour se vit dans la délicate attention aux autres.
Il nous invite à développer des relations vraies au fil des jours.
Il nous rappelle de sentir les parfums de la vie.

Notre monde nous accuse : « Pourquoi chanter pendant que la terre pleure ? »

Et pourquoi pas?
Nos équipes deviennent alors des lieux de dignité retrouvée, de joie partagée.
Nos communautés sont alors des lieux de fête et d’action de grâce.
Nos groupes sont alors des espaces de liberté créatrice…

Entendez-vous?

Notre terre aspire à une vie autre!
Serons-nous de ces semeurs d’une vie autre, simple et vraie!

Jean-Marc St-Jacques, c.s.v.
responsable général